| DEUX
MOMENTS AVEC JEAN COCTEAU
Raymond Jean
J'aurais aimé placer dans le titre de ces notes un
adjectif dérivé du nom de Jean Cocteau .
"Double moment coctéen". Ou "Double
moment cocteauïque".
Mais visiblement cela n'allait pas du tout. "Coctélien",
peut-être, qui fait penser à cocktail ? Pourquoi
pas ? Son œuvre en a la diversité et l'éventail
de saveurs. Et surtout, dans ma mémoire, il y avait
l'idée de bigarrure, de rencontres de sensations,
de chocs de souvenirs et d'images, de télescopage
de moments heureux.
Autant en venir au fait tout de suite, c'est à dire
au premeir de ces moments. C'était il y a fort longtemps.
Au début des années 50. Je n'étais
même pas un jeune écrivain. Ni un jeune professeur.
Un jeune homme tout court, tout simplement. Et l'œuvre
de Cocteau clignotait pour moi d'une lumière très
attirante, très scintillante. Les cinés-clubs
étaient très à la mode à cette
époque là.Et souvent le soir, après
la projection du Sang d'un poète ou d'Orphée,
nous avions de longues discussions nocturnes où nous
évaluions les mérites de la création
"coctélienne". Moi, j'en appréciais
beaucoup les multiples facettes et , en outre, l'homme que
je découvrais dans Maalesh ou Le journal d'un inconnu
me séduisait réellement. Pourquoi? Je ne savais
pas pourquoi. C'était ainsi, et je sentais bien que
mon sentiment n'était pas toujours partagé.
Cocteau avait des ennemis irréductibles, déclenchait
des hostilités inexpiables. Tos ceux qui avaient
tourné autour du Surréalisme voulaient absolument
qu'il soit faux, inauthentique, factice, artificiel, plus
habile que sincère. Curieusement j'avais l'impression
contraire.
...
lire
la suite
UNE RENCONTRE DE JEUNESSE
Henri Dumolié Les
rencontres sont pour la plupart du temps inattendues et arrivent
sur vous sans que l’on en prenne garde et que l’on
s’y soit préparé. Est-ce le fait du hasard
ou bien cela répond-t-il à un impérieux
besoin interne ? Je ne sais me prononcer sur ce sujet mais
je crois comprendre que ma rencontre avec Jean Cocteau, comme
quelques coups de foudre artistiques et littéraires
antérieurs, procèdent bien à la fois
du hasard comme de la nécessité évidente.
Comment ne pas penser que tout cela était prévu
quelque part et qu’il était obligatoire que ce
soit ainsi, puisque ma vie , pour une part en tout cas, allait
être irriguée par ces apports dont il est sûr,
aujourd’hui, qu’on puisse les oublier.
Mais Cocteau, me direz-vous, dans tout cela ? Ma rencontre
avec lui s’est faite en plusieurs temps. Le premier
le fut par le truchement d’un « passeur »,
comme il en existait à l’époque dans nos
établissements scolaires, un bibliothécaire
aux yeux grands ouverts qui nous donnait, en tout cas à
ceux qui le voulaient bien, des pistes de lecture éclectiques
mais passionnantes : Brecht , Aragon, Faulkner, entre
autres.. Pour moi, ce fut, cette fois-là Jean Cocteau
qu’il m’incita à découvrir en me
conseillant de lire « La voix humaine ».Troublé
par la forte tension dégagée par ce texte, je
décidais d’aller plus loin dans la connaissance
de cet auteur.
...
lire
la suite |